On parle souvent de bonne position à vélo comme d’un réglage fixe, presque figé : une hauteur de selle, un recul, un poste de pilotage, et l’affaire serait réglée.
Pourtant, la réalité biomécanique est bien plus subtile.
Une étude récente publiée en 2025 dans Frontiers in Bioengineering and Biotechnology montre que la manière dont vos articulations encaissent les contraintes change fortement avec la puissance développée.
L’objectif de l’étude : comprendre le corps en 3D
Les chercheurs ont analysé 10 cyclistes amateurs, à trois puissances différentes :
- 170 W
- 240 W
- 310 W
avec une cadence contrôlée autour de 90 rpm.
La vraie force de cette étude est sa méthodologie :
✔️ capture 3D du mouvement
✔️ dynamique inverse
✔️ analyse des moments articulaires
✔️ étude dans les 3 plans de l’espace
Cela signifie qu’ils ne se sont pas limités au classique :
flexion / extension du genou
mais qu’ils ont aussi analysé :
- les contraintes en valgus/varus
- les rotations internes/externes
- les charges de hanche et de cheville hors plan sagittal.
C’est exactement ce qui nous intéresse en prévention des blessures.
Résultat majeur : plus de watts = plus de contraintes… mais surtout différentes contraintes
Le premier enseignement est logique :
👉 quand la puissance augmente, les moments articulaires augmentent sur la hanche, le genou et la cheville.
Mais le plus intéressant est ailleurs.
Les auteurs montrent que le pattern mécanique change lui aussi.
À haute intensité, le genou ne travaille plus seulement comme une simple charnière.
On observe :
- plus de contraintes en plan frontal
- davantage de rotation interne
- une augmentation des moments d’abduction
- des pics de contraintes sur des portions précises du cycle de pédalage.
👉 C’est une donnée clé pour comprendre pourquoi certains cyclistes tolèrent bien une position en endurance… puis développent une douleur au genou lors des séances PMA ou des sprints.
Ce que cela change en étude posturale
Cette publication renforce une idée essentielle :
❌ Une étude posturale uniquement “au calme” est incomplète
Un réglage validé à 150–180 W peut devenir limitant :
- au seuil
- en montée
- sur sprint
- en fin de course
La position idéale doit donc être pensée selon :
- la pratique
- le niveau
- les zones d’intensité
- les objectifs du cycliste
Chez un compétiteur, on ne peut plus se contenter de regarder uniquement :
- un angle de genou
- une hauteur de selle
- une vidéo à faible charge
👉 il faut intégrer la réponse mécanique sous intensité réelle.
La vision Posturide : la position est dynamique
Cette étude appuie parfaitement notre philosophie :
👉 une position n’est jamais figée
Elle évolue avec :
- vos capacités physiques
- votre fatigue
- votre puissance
- votre objectif du jour
Un réglage cohérent doit donc respecter :
✔️ vos amplitudes
✔️ votre contrôle moteur
✔️ vos contraintes à haute intensité
✔️ votre tolérance articulaire
C’est cette lecture globale qui permet d’allier :
- confort
- prévention des blessures
- performance durable
Martín-Sosa E., Mayo J., Ojeda J.
Effects of workload on 3D joint moments in cycling and their implications for injury prevention.
Frontiers in Bioengineering and Biotechnology. 2025;13:1657558.
DOI: 10.3389/fbioe.2025.1657558